Test - Pillars of Eternity 2 : Deadfire - La braise d’un grand RPG ne s’éteint jamais

«Eothas a encore fait des siennes» , - 1 réaction(s)

Sorti presque dans l’anonymat en janvier 2020 sur consoles dans sa version ultime, Pillars of Eternity 2 : Deadfire erre tel un vaisseau fantôme dans les limbes des stores des consoliers. Ce digne représentant du RPG occidental “à l’ancienne”, en vue isométrique et suite d’un premier épisode bien accueilli par la critique et les joueurs, n’a pas su convaincre un plus large public. La désillusion fut cruelle pour le studio Obsidian qui constatait dans la même période l’éclatante réussite de la série Divinity Original Sin des Belges de Larian Studios.

Alors que Pillars 2 commence à perdre tout espoir de résister à l’oubli, une lumière surgit au loin. Celle d’un phare, qui brille de mille feux. Enfin, la terre promise semble atteinte, le Xbox Game Pass lui ouvre ses portes. Il faut dire que la renommée du catalogue de jeux par abonnement se propage comme une traînée de poudre. Des titres mal-en-point, aux ventes décevantes et en quête d’un nouveau souffle ressusciteraient. Si Pillars of Eternity 2 pouvait être le prochain miraculé, ce ne serait que justice. Le titre d’Obsidian ne méritait pas une telle indifférence. Même Xboxygen a participé au complot en snobant le test à la sortie du jeu sur l’écosystème Xbox. Il est temps pour nous de réparer cette erreur et de participer à sa rédemption.

Sous le sunlight des Tropiques

Les îles de l’archipel apportent un vent de fraîcheur

Cinq ans après les événements du premier épisode, une nouvelle tragédie frappe le Dyrwood et votre forteresse de Caed Nua. Dieu de la lumière et de la renaissance, Eothas se réincarne dans l’immense statue d’adra lumineux, ensevelie dans le donjon construit sous votre demeure. Le géant vert semble partir en croisade à la récolte des âmes et détruit tout sur son passage, même les champs de maïs. Vous, le Gardien, êtes quasiment mort suite à l’effondrement soudain de Caed Nua. Heureusement, les autres dieux ont des projets pour vous. Berath vous donne une chance de revivre pleinement et de récupérer la part perdue de votre âme … si vous acceptez de traquer le dieu rebelle.

L’exploration d’un donjon est toujours excitante

C’est couché sur un lit du Défi, navire de fortune, que vous sortez de ce coma végétatif. Eder, le valeureux combattant et compagnon d’aventure depuis les premières heures, veillait sur vous. Votre garde rapprochée eut la bonne idée d’anticiper votre mission divine et de poursuivre Eothas à travers le monde d’Eora, constatant que votre corps se revigorait dans les pas du Titan. Le nouveau périple démarre ainsi aux portes des centaines d’îles tropicales du Feu éteint, loin des terres continentales au climat tempéré du Dyrwood. L’épopée ne sera pas de tout repos puisqu’à peine remis sur pieds, une attaque pirate vous souhaite la bienvenue, suivie d’une tempête qui fait échouer votre bateau sur une île inconnue de l’archipel. Welcome to Deadfire.

Trop de paramètres donnent mal à la tête

Après un résumé rapide de l’histoire du premier épisode qui pose les enjeux (sachez qu’il est également disponible dans le Xbox Game Pass), le choix vous est donné de créer un “historique” du dénouement de ce dernier, suivant le style de roleplay que vous envisagez d’interpréter. Les joueurs les plus impatients pourront choisir d’incarner un personnage prédéfini et d’entrer dans le vif du sujet rapidement.

Les Divins attisent la curiosité sur Eora

Toutefois, qui dit jeu de rôle dit création de personnage aux petits oignons pendant de très longues minutes à peser le pour et le contre des différentes options à notre disposition. La série Pillars est de ce point de vue assez généreuse. Aux classiques Humains, Elfes et Nains s’ajoutent les puissants Aumauas, inspirés des peuples Maoris dopés aux hormones de croissance, les Orlans, félins anthropomorphes tout chétifs et les Divins, êtres curieux et fascinants aux pouvoirs mystiques. Le choix des classes n’est pas en reste car pas moins de 11 types sont disponibles, sans compter qu’il est possible dans ce second épisode de créer un personnage multi-classe. Même si aucune des classes ne surprendra les amateurs de RPG, les plus originales sont le clairvoyant ou l’incantateur.

Les 12 défis des Dieux et le mode sans compagnons pimentent l’aventure

L’équipe d’Obsidian tente d’accueillir du mieux possible les néophytes, mais ce qui frappe le plus est le choix pléthorique dans la personnalisation des parties. Tout est quasiment paramétrable. Les perfectionnistes et les habitués du genre trouveront leur bonheur pour créer une aventure peaufinée dans les moindres détails. On trouve même dans le menu principal du titre un mode “caché” où 12 défis des dieux vous attendent pour pimenter ardemment vos parties, en plus des différents niveaux de difficulté. Le revers de la médaille de cette profusion d’options est d’effrayer encore plus les nouveaux venus, déjà bien embêtés par le choix crucial du mode de combat à adopter, non modifiable par la suite.

J’ai appuyé sur pause, bordel !

La présentation des combats au tour par tour reste austère

En effet, Pillars 2, suite à une mise à jour post-lancement, s’est vu adjoindre l’option de combat au tour par tour en complément du traditionnel combat en temps réel avec pause de la série. On ne peut s’empêcher de penser que les développeurs ont essayé de rattraper le train de la déferlante Divinity Original Sin. Malheureusement pour eux, si le tour par tour reste intéressant à jouer dans cet épisode de Pillars, il n’arrive pas à la cheville de celui concocté par Larian. On ne peut pas rivaliser avec un game design pensé dès le départ pour ce mode de combat. Le plus triste dans cette histoire est qu’Obsidian dénigre son gameplay historique puisque le mode tour par tour est devenu celui par défaut lors du choix de l’option.

Il est vrai que les mécaniques de combat dans Pillars sont l’une des principales difficultés pour maîtriser le jeu et l’un de ses principaux défauts. Il faudra des heures de patience et de compréhension pour assimiler les différentes défenses, les types d’attaque, les sorts à ne plus en finir, les faiblesses du bestiaire, etc. Le jeu a une telle richesse dans ses règles en quête de réalisme qu’il sapera la patience d’une grande partie des joueurs. Dans le feu de l’action, les combats deviennent souvent brouillons et confus, surtout dans les attroupements de mêlée ou lors d’une effusion pyrotechnique suite à un sort, la faute à une caméra un peu trop éloignée de l’action même avec le zoom au maximum. De plus, l’ergonomie à la manette est restée vieillissante et compliquée, même si elle s’est améliorée depuis le premier épisode. On a vu beaucoup mieux ailleurs et on comprend que Pillars 2 ait souffert de la comparaison avec DOS sur cet aspect lors de sa sortie.

Les combats sous une tempête de sable peuvent devenir illisibles

Malgré ses défauts, le mode de combat en temps réel avec pause fait partie de l’ADN de la série et possède également des avantages. Les combats sont dynamiques et se terminent plus rapidement, une excellente chose surtout lors des affrontements contre des monstres qui ne font pas le poids. Dans ces conditions, on s’habitue à jouer le combat en seulement un ou deux clics de manière automatique, sachant que l’IA des compagnons est plus que correcte. En revanche, si on sent que le combat s’annonce ardu, on finit par s’habituer à utiliser à bon escient le bouton “pause” pour réorganiser ses actions ou réagir aux mouvements adverses. D’autant plus qu’une profusion d’options est disponible pour paramétrer le déclenchement automatique de la pause afin de ne pas rater l’action décisive pour une fraction de seconde.

Il est libre, Max

Les grandes distances se font via une carte vue du ciel

Si les phases de combats auraient mérité un meilleur traitement, tout grand jeu de rôle a le devoir de laisser au joueur une très grande liberté de choix d’action dans le cheminement de son aventure. Et sur ce point, Pillars 2 est un grand cru, à commencer par la possibilité d’esquiver une grande partie des combats et de trouver régulièrement des solutions pacifiques pour résoudre les missions. Mais si vous souhaitez incarner le pire des salauds, vous pourrez assassiner tous les PNJ rencontrés. La seule limite, grotesque pour le coup, demeure l’attaque d’un de vos compagnons, puisque ce dernier se laisse taillader sans broncher.

Les escarmouches en bateau ne sont pas folichonnes

Vous serez bien entendu libre d’accepter et de mener des missions dans l’ordre qui vous intéresse, de recruter ou non des compagnons, acolytes ou du personnel pour votre navire. Pillars 2 pousse même encore plus loin le concept de liberté en donnant dès la fin du prologue la possibilité de parcourir toute la carte du jeu à bord du Défi, contrairement à son prédécesseur dont certaines régions demeuraient inaccessibles à certains moments de l’aventure principale. Les phases en bateau sont donc l’une des grosses nouveautés de ce second épisode. Il vous faudra apprendre à gérer les vivres et les ressources humaines, à transformer votre piteux sloop du début de l’aventure en un galion redoutable qui fera trembler les nombreux pirates que vous croiserez. Si le concept est aguichant sur le papier, la réalité est décevante. Les déplacements sur l’océan se font via une carte de l’archipel en vue de dessus, rappelant un simple jeu de plateau. Les combats navals se passent comme dans un livre dont vous êtes le héros, à coups de choix purement narratifs. Seule l’option d’aborder le navire consiste à revenir aux phases de combat classique comme sur terre, à part qu’on se bat sur le pont des bateaux. Le manque de moyens du studio avant son rachat par Microsoft se fait donc cruellement sentir sur cette nouvelle mécanique de jeu.

Une aventure épique mais une technique qui pique

La capitale regorge de merveilles

Là où Pillars 2 redevient envoûtant se passe quand on retrouve l’exploration terrestre des différents donjons, lieux mystérieux, villages et villes. Le summum demeure la capitale Neketaka. La ville reine se compose de 6 quartiers principaux à visiter avec chacun leur charme, leur sociologie, leurs intrigues et leurs personnages plus ou moins charismatiques. Globalement, la direction artistique est de belle facture avec des décors variés, riches en détails et un design vintage typique des anciens C-RPG. C’est un véritable plaisir de parcourir les îles du Feu éteint et cette ambiance tropicale riche en couleurs contraste parfaitement avec les teintes sombres et décors classiques que certains reprochaient au premier opus.

Malheureusement, certains défauts techniques du titre atténuent ce plaisir de l’exploration. Si des soucis de pathfinding, de popping de PNJ ou de collisions entre nos compagnons et des éléments du décor gêneront une minorité de joueurs, les nombreux temps de chargement et surtout leur durée seront néanmoins rédhibitoires pour un plus grand nombre. Ces temps de chargement seront réduits à 10 secondes environ sur les consoles de nouvelle génération mais se rapprocheront de la minute sur les Xbox One. La frustration peut devenir immense dans les villes quand on visite par exemple une simple maisonnette et qu’on subit un temps de chargement pour l’entrée puis un autre pour la sortie.

L’écriture du jeu est l’un de ses gros points forts

Si vous réussissez à passer au-dessus de ces contraintes, ce n’est pas moins d’une centaine d’heures qui vous attendent dans cette aventure, sauf si vous décidez de vous concentrer uniquement sur la mission principale. Mais quitte à jouer de cette façon, autant passer votre chemin. En effet, tout le sel et la richesse de cette épopée réside en ses nombreuses missions et intrigues secondaires qui nous permettent de profiter de la remarquable qualité d’écriture des auteurs réputés d’Obsidian. Le manichéisme n’a pas sa place dans le monde d’Eora, tout est en nuances de gris, pour notre plus grand plaisir. Les thèmes abordés sont souvent passionnants comme la colonisation, le racisme, le mercantilisme ou le fanatisme religieux. Enfin, il faudra faire face à de nombreux choix cornéliens, surtout quand on veut jouer sur tous les tableaux avec les principales factions présentes dans le jeu aux intérêts antagonistes.

Testé sur Xbox One X et Xbox Series X

Bilan

On a aimé :
  • L’immense liberté d’action et de choix vraiment influents
  • L’exploration de l’archipel du Feu éteint
  • L’écriture des auteurs d’Obsidian toujours de grande qualité
  • Les thèmes matures abordés sans jugement de valeur ni bien-pensance
On n’a pas aimé :
  • Une ergonomie à la manette vieillissante et compliquée pour le genre
  • Des combats brouillons et parfois difficiles pour les néophytes
  • Une technique limitée
  • Des temps de chargement trop nombreux…
  • ... qui deviennent insupportables sur Xbox One
Un cocktail fascinant d’exploration, de combats, de lecture et ... d’attente

Pillars of Eternity 2 : Deadfire, tout comme son aîné, est un grand RPG à l’ancienne en vue 3D isométrique, aussi riche et envoûtant que difficile et long à maîtriser. Malheureusement, la copie est très loin d’être parfaite, et le jeu souffre de beaucoup de défauts dont des temps de chargement trop nombreux et frustrants (surtout sur les Xbox One). Malgré les efforts d’Obsidian pour rendre accessible cet épisode au plus grand nombre, Pillars of Eternity 2 ne s’adresse finalement qu’aux habitués du genre ou à tous ceux, même néophytes, qui n’ont pas peur de s’investir pleinement dans la compréhension des mécaniques de gameplay et du lore exhaustif d’Eora. C’est le prix à payer pour être récompensé et découvrir toutes les richesses et subtilités d’une écriture remarquable dans un univers médiéval-fantastique fascinant, cohérent et pensé dans les moindres détails. Et si on vous rappelle que le prochain jeu AAA d’Obsidian, le très aguichant Avowed entraperçu lors du showcase de Microsoft en juillet 2020, se déroulera dans le monde d’Eora … Qu’attendez-vous pour tester la série des Pillars disponible dans le Xbox Game Pass ?

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Pillars of Eternity II : Deadfire

PEGI 0

Genre : RPG

Éditeur : Versus Evil

Développeur : Obsidian

Date de sortie : 28/01/2020

Prévu sur :

Xbox One, Playstation 4, PC Windows, Steam, Switch

1 reactions

LoveTartiflette

24 fév 2021 @ 23:27

Merci pour le test :)