Test - Rainswept - Une histoire qui vient du cœur mais qui tombe sur la tech

«» , - 0 réaction(s)

Vous êtes-vous déjà imaginé en train de sauter dans le grand bain de l’industrie vidéoludique sans le moindre bagage en codage ou en game design ? Avez-vous déjà rêvé de tout quitter pour créer votre propre jeu de A à Z en ayant la main sur chaque petit détail de l’histoire, du design et du gameplay ?

Si rédiger des tests de jeux vidéo peut sembler être un bon compromis pour allier passion vidéoludique et stabilité personnelle et professionnelle, d’autres font des choix bien plus radicaux. C’est le cas de Armaan Sandhu qui, lui, n’a pas hésité à quitter sa vie d’architecte pour écrire et coder son premier jeu.

Rainswept est un jeu d’enquête narratif qui s’inspire du point’n click et met principalement l’emphase sur son histoire et le développement de ses personnages. Vous incarnez le détective Michael Stone, envoyé dans un petit village dont la vie champêtre est soudainement perturbée lorsque deux cadavres sont retrouvés dans une maison. Entre histoire interactive et monde ouvert, votre mission est d’enquêter et de rencontrer les habitants de Pineview pour établir les causes du crime.

Alors, peut-on, sans moyens financiers ni compétences techniques, créer une expérience mémorable et engageante pour les joueurs ? Allons-nous, dès la fin de ce test, quitter nos emplois pour se lancer dans le développement de jeux vidéo indépendants ? La réponse dans ces lignes.

Un design minimaliste pour des ambiances
aux petits oignons

Si l’on isole chacun des aspects visuels de Rainswept, tout transpire l’amateurisme, ce dès les premières minutes de jeu. Les dessins manquent de relief, les animations sont bancales voire, parfois, carrément absentes. Les personnages n’ont pas de visage, ce qui est dommage pour une histoire autant portée sur les émotions. Pourtant, réunis ensemble, la combinaison de ces éléments visuels arrive par moments à générer une atmosphère étonnamment efficace. Avec des moyens très limités, Armaan Sandhu réussit à créer de vrais tableaux avec une ambiance presque hors du temps. D’une rencontre amoureuse nocturne au milieu de lanternes à une simple conversation dans une cuisine chaleureuse lors d’un orage, le jeu parvient à capturer et sublimer de vrais moments de vie grâce à sa direction artistique.

Si la beauté des environnements est principalement le fruit des couleurs, certains effets de cadrage appuient également la poésie de la mise en scène ; des dézooms rendent les personnages minuscules face aux paysages et à un univers qui semble dicter leurs différentes péripéties. Enfin, cette atmosphère onirique est appuyée par la musique planante et envoûtante de Micamic, qui sait capter et accompagner les différentes histoires de Pineview. Armaan Sandhu arrive donc à utiliser intelligemment des moyens techniques limités pour les mettre au service de ce qui fait le cœur de son jeu : son histoire.

Le silence des audios

Si Rainswept arrive à envoûter avec certains de ses tableaux, il est indéniable que l’immersion est trop souvent gâchée par les défauts techniques du jeu. Premièrement, les différentes scènes du jeu sont conçues de manière inégale. Si certaines exploitent intelligemment le minimalisme des graphismes, d’autres font vraiment cheap et ne bénéficient pas de la même qualité de cadrage et de couleurs. Il en va de même pour le son qui gêne par de longs silences injustifiés ainsi que par des transitions d’ambiance et de musique maladroites. Certaines cinématiques souffrent aussi d’un cadrage parfois mal rythmé et d’animations scriptées qui ne se lancent pas. Enfin, certains bugs obligent à recharger la partie pour débloquer le jeu, ce qui est très frustrant, surtout lorsque cela arrive pendant les climax narratifs et visuels. Cela est arrivé deux fois pendant le test ; le premier bug voyait le personnage principal bloqué dans le décor tandis que le second concernait un évènement scripté qui ne se lançait pas.

Une histoire qui fait retenir le souffle…
et les larmes

Malgré une promesse narrative a priori classique (le fameux détective citadin qui enquête dans un village calme et isolé), Rainswept brille par son écriture.

Le jeu pose rapidement et efficacement ses enjeux. L’intrigue s’ouvre en effet sur la scène du crime encadrée par la police. Deux cadavres sont retrouvés dans une maison dans ce qui semble être un scénario de meurtre-suicide au sein d’un couple. D’emblée, le jeu interpelle par les différents indices qui se contredisent les uns avec les autres quant au déroulement exact des faits. De fil en aiguille, l’intrigue amène à la rencontre de nombreux habitants de Pineview. Et c’est là que Rainswept trouve son principal intérêt.

À travers ces échanges, Armaan Sandhu prend le temps de développer une large palette de personnalités et d’histoires touchantes qui nourrissent non seulement l’enquête mais surtout les différentes thématiques humaines abordées dans le jeu. Ces intrigues secondaires s’entremêlent et permettent de guider le joueur dans les différents endroits du village de Pineview. Du deuil à la vie de couple, en passant par les ambitions personnelles, l’histoire sonne toujours juste dans sa représentation des névroses et des conflits.

Le jeu étant construit en partie comme une histoire interactive, les choix de dialogues ne paraissent jamais gratuits, même si leur impact sur l’intrigue principale est minime. Plus l’enquête avance et plus le joueur plonge profondément dans l’intimité et la psychologie des personnages à travers de vrais moments de vie auxquels il est difficile de ne pas s’identifier. C’est grâce à une enquête bien ficelée et des enjeux émotionnels forts que l’histoire de Rainswept arrive à garder en haleine pendant 5 à 6 heures, jusqu’à un dénouement imprévisible.

Le coin des chasseurs : Entre 50G et 100G par succès, que vous débloquerez tous dès votre première partie, Rainswept est parmi les jeux les plus généreux de l’histoire des succès. Mention spéciale pour le succès “Bittersweet Kiss” qui ne se débloque jamais alors qu’il concerne une scène obligatoire du jeu. Quelqu’un est motivé pour prévenir Armaan Sandhu en DM ?

Bilan

On a aimé :
  • Une histoire efficace qui touche et garde en haleine
  • Une musique envoutante
  • Une grande diversité de personnages
  • Des tableaux parfois somptueux...
On n’a pas aimé :
  • ..et parfois très cheap
  • Un montage sonore parfois maladroit
  • Des bugs qui freinent l’immersion
  • Une miniature qui ne représente pas du tout l’esprit du jeu
Da Indie Code

Finalement, Rainswept est un jeu qui ne fait que souligner les avantages et les inconvénients du jeu vidéo indépendant. En bénéficiant d’une liberté créative totale, Armaan Sandhu accouche d’un jeu porté par une histoire complexe et touchante qui reflète, sur quelques aspects, la sienne. L’intrigue aborde en effet à plusieurs reprises la question de vivre ses rêves pour un artiste. Ce qui est réjouissant avec la réalité, c’est que l’entreprise de l’ex-architecte ne se termine pas en bain de sang comme dans Rainswept, mais aboutit à un jeu mémorable grâce à son écriture même si parfois lésé par son manque de moyens techniques. Ces défauts reflètent la masse colossale de travail à fournir pour produire un jeu de A à Z en solo. Son histoire est toutefois assez forte pour passer outre ces légères frustrations et profiter d’un voyage introspectif qui laisse un goût mélancolique dans la bouche. Si en sortant du jeu, produire un jeu tout seul nous évoque plutôt un burn-out, Rainswept nous donne véritablement envie de raconter de belles histoires.

Accueil > Tests > Tests Xbox One

Rainswept

PEGI 18 Langage grossier Violence

Genre : Aventure/Réflexion

Editeur : 2Awesome Partners

Développeur : Frostwood Interactive

Date de sortie : 22/07/2020

Prévu sur :

Xbox One, Playstation 4, PC Windows, Mac OSX, Switch