Test - Three Fourths Home : Extended Edition

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Il est parfois difficile de se lancer dans une critique d’un jeu qui nous prend tellement à contre-pied qu’il nous oblige à modifier le regard et l’approche du joueur que nous sommes. Three Fourths Home n’est pas un jeu à proprement parler, les développeurs eux-mêmes le présentent comme un Visual Short Story, un roman interactif en quelque sorte et qui n’a pas d’autre prétention que de proposer une expérience narrative plus qu’une expérience ludique. Un pari osé, risqué qui risque de laisser toute une frange de joueurs au bord de la route…

L’orage se rapproche

Une voiture, une route, une tempète et une simple discussion au téléphone
Une voiture, une route, une tempète et une simple discussion au téléphone

Kelly vient de prendre sa voiture. Elle se demande encore pourquoi, le ciel est sombre, le vent vient de se lever et tout semble indiquer qu’une violente tempête est sur le point d’éclater. Elle a 25 ans et a envie, besoin même, de faire le point, le point avec elle-même tout d’abord mais l’appel de sa mère, inquiète de sa disparition, va l’amener à faire aussi le point avec sa famille, avec cette mère étouffante, son père taciturne et son jeune frère. Ce long dialogue au téléphone entre Kelly au volant de la voiture familiale et sa famille risque de laisser pas mal de joueurs sur le bord de la route, à commencer par les non-anglophones vu que l’intégralité du jeu est dans la langue de Shakespeare. Three Fourths Home étant une nouvelle interactive autant dire de suite qu’une bonne maîtrise de l’anglais est nécessaire pour pouvoir pleinement apprécier l’expérience. Beaucoup d’autres joueurs risquent d’abandonner en chemin vu l’austérité visuelle du jeu. Il se contente de proposer le minimum, les trois heures de lecture étant juste accompagnées par une voiture grossièrement symbolisée avec des formes géométriques simples, circulant de profil sur une immense route linéaire dans un paysage tout aussi stylisé et monochrome. Rien ne viendra égayer le récit, de peur sûrement de perturber le lecteur, de le sortir du conte. Seul l’habillage sonore de Three Fourths Home, la bande-son particulièrement réussie de sa radio, constituée de dix titres réellement planants, et le grondement du vent, de l’orage et le bruissement de la pluie viendront habiller l’introspection de Kelly.

La même scène de nuit
La même scène de nuit

Three Fourths Home ne se résume pas pour autant à un simple roman animé, il offre une interactivité par des choix de réponses que peut donner Kelly au cours de la longue conversation qu’elle a avec sa famille. Plus que des réponses, les réparties de Kelly orientent totalement le récit et définissent, caractérisent ses parents, son frère, pourquoi elle est partie, si elle pense vraiment rentrer ou non. On conçoit le récit à chaque choix et on en modifie la portée, le sens et par là même l’expérience qu’il nous donne. Ce concept est à la fois très intéressant mais totalement obscur si l’on reste sur une seule et unique partie. Ce n’est qu’en se replongeant une nouvelle fois dans la longue conversation de Kelly avec sa famille que l’on rend compte de toute la portée et de l’expérience unique que nous offre Three Fourths Home, une expérience narrative novatrice, libre et incroyablement bien construite. L’extended édition du jeu, celle disponible sur Xbox One, nous permet de décliner le concept au travers d’un épilogue centré sur un simple dialogue entre Kelly et sa mère. La structure est moins « libre » dans le sens où, Kelly, en attente de son bus, devra jouer de prudence et de diplomatie afin de monter dans le bon sous forme d’une allégorie assez fine sur sa relation finale avec sa mère. Un moment poétique assumé, profond et intéressant qui, tout comme le jeu, ne touchera qu’un nombre très restreint de joueur. Toutefois l’expérience peut facilement se tenter même si on a autant de risque d’être déçu que de tomber sous le charme de ce jeu atypique au prix très abordable de 4,99 euros.

Bilan

On a aimé :
  • Une expérience narrative originale et très intéressante
  • Une très bonne ambiance sonore
On n’a pas aimé :
  • Entièrement en anglais
  • Austère visuellement
Road to nowhere

Three Fourths Home est plus une expérience qu’un véritable jeu. Une expérience narrative envoûtante, hypnotique, sensible pour ceux qui la tenteront sans aucune retenue et en laissant de côté tout préjugé vis à vis de l’austérité, bien réelle, du jeu. Il est difficile de conseiller sans retenue de franchir le pas tant le niveau d’anglais demandé est toutefois élevé si l’on veut profiter pleinement des dialogues et se laisser porter par la narration. Three Fourths Home est toutefois un ovni suffisamment intéressant pour retenir l’attention et montrer que beaucoup reste encore à faire et à expérimenter dans ce média cher à nos cœurs.

Xboxygen
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Three Fourths Home : Extended Edition

Three Fourths Home : Extended Edition
PEGI 12 Langage grossier

Genre : Aventure/Réflexion

Editeur : Digerati Distribution

Développeur : [bracket]games

Date de sortie : 27/11/2015

Prévu sur :

Xbox One, Playstation 4, PC Windows, Mac OSX, Steam, PlayStation Vita