Test - GreedFall - un RPG anachronique

«Spiders, pour le meilleur et pour le pire» , - 5 réaction(s)

JPEG - 129.8 ko

De Faery : legends of Avalon à The Technomancer en passant par Bound By Flame, le studio parisien, Spiders, s’est forgé une véritable expérience en matière d’action-rpg. Si leurs jeux n’ont pour l’heure pas connu de succès ni chez la critique ni chez les joueurs, ils restent néanmoins dans le coeur de ces derniers à force d’efforts mais aussi et, surtout, d’imagination. Après avoir posé leur tente sur Mars pendant un temps, les gaillards de Spiders nous emmènent aujourd’hui sur l’île magique de Tír Fradí. En effet, GreedFall revisite à sa manière la découverte des Amériques et leur colonisation par les Européens. Mais, ici, point de Christophe Colomb. Le titre lève le rideau sur une Humanité en détresse aux tonalités très actuelles (monde en déclin, situation climatique et environnementale plus que préoccupante, etc...). En plus d’intriguer par son histoire et son univers, GreedFall attire aussi par son contenu qui mélange à la fois du The Witcher 3 : Wild Hunt, du Bloodborne et du Mass Effect. Il reste maintenant à savoir si la sauce prend.

Une narration peu convaincante

Vous incarnez De Sardet, un personnage issu de la noblesse du continent et nièce (ou neveu selon le sexe de votre personnage) du dirigeant de la Confédération des Marchands. Votre mère, sur le point de mourir et atteinte du Malichor, cette mystérieuse maladie qui ravage le monde, vous envoie sur l’île magique de Tír Fradí afin de trouver une cure à ce fléau. Si ce pitch peut sembler peu inspiré, il laisse transpirer un univers à bout de souffle, en quête de renouveau et d’espoir qui interpelle et fascine le joueur de 2019. Un sentiment largement renforcé par des quêtes annexes aux dialogues bien mieux écrits que ceux auxquels Spiders nous avait habitués jusqu’ici. Chaque personnage a suffisamment d’épaisseur pour nous donner envie de s’intéresser à eux mais aussi d’où ils viennent et où ils souhaitent aller. Des personnages admirablement portés par un doublage exemplaire, du moins en anglais.

Let there be Greta

Les choix de dialogues à la disposition du joueur, sans pour autant réinventer la roue, fonctionnent, eux aussi, très bien et restent crédibles de bout en bout. À noter qu’en fonction des personnages qui vous accompagneront, certains choix deviendront inaccessibles et inversement. Aussi, nous avons réellement apprécié les différentes interactions spontanées entre les différents protagonistes. Si certaines sont prévisibles et attendues, d’autres nous ont vraiment cueillis en pleine partie. Une sensation agréable et rafraîchissante, que nous aimerions voir plus souvent dans la plupart des jeux qui sortent aujourd’hui.

Cependant, GreedFall retombe dans les travers du studio parisien en déroulant une trame principale à l’écriture beaucoup trop naïve pour être crédible. Il est difficile de ne pas spoiler ce point-là de l’histoire tant le jeu nous vend la mèche (trop) tôt dans l’aventure. La seule chose que nous vous conseillons est de faire un personnage noir (comme l’a fait votre serviteur) et de bien observer les personnages secondaires, notamment ceux de la zone de départ.

C'est la Fashion Week

Quelques incohérences devraient vous sauter aux yeux. De là, le jeu s’empêtre dans une histoire aux accents de pétard mouillé. Les pseudo-révélations que le titre semble vouloir nous faire sont généralement accompagnées d’yeux levés au ciel. Il est parfois difficile de ne pas s’exclamer “Oui, on sait. Merci !”. Un constat inquiétant pour un jeu qui repose majoritairement sur son univers et donc, son histoire.

En ce qui concerne la romance au sein du jeu, nous n’avons pas vraiment constaté quoique ce soit d’intéressant à ce sujet en à peu près 20 heures de jeu. Les choix permettant de séduire un personnage restent finalement dans un cadre assez classique : “Est-ce que tu me trouves belle ?” ou encore “Je vais faire en sorte que tu ne te sentes plus seul.” sont au programme.

Un monde ouvert qui n’en est pas un

Autant le dire tout de suite, si, comme nous, vous vous attendiez à un monde ouvert, vous allez être franchement déçu. En effet, les équipes de Spiders ont préféré opter pour un système à la Dragon Age : Inquisition ou The Witcher 3 en proposant aux joueurs une succession de zones d’explorations indépendantes les unes des autres. On passe de l’une à l’autre par un hub sous les traits d’un chemin forestier où l’on peut acheter de l’équipement, changer son équipe mais aussi parler aux différents personnages qui nous accompagnent. Malheureusement, encore une fois, GreedFall n’arrive pas à nous convaincre tant sa proposition en matière d’exploration est sommaire. Les zones sont peu étendues, blindées de murs invisibles parfois placés à des endroits incongrus. Pour vous donner un exemple, nous avons voulu ouvrir un coffre. Or, un mur invisible se trouvait devant sans aucune raison apparente. Il nous a fallu faire courir le personnage contre le mur invisible pour enfin pouvoir déterminer la position d’un corridor nous permettant d’accéder au coffre. Nous ne nous l’expliquons pas !

PNG - 9.6 Mo
Ca va chier !

Pire, c’est la sensation de parcourir un décor de carte postale qui nous reste un peu en travers de la gorge. Tír Fradí se déroule en nature morte sous nos pieds sans jamais parvenir à capter notre attention. La structure en couloir fait également bien de la peine après avoir écumé des mondes tels que celui de Red Dead Redemption 2 ou Zelda Breath of the Wild. La routine s’installe finalement très vite : aller de A à B, ouvrir deux ou trois coffres, tataner quelques bandits, etc… Tout cela, ad nauseam. À noter aussi la pauvreté du bestiaire qui se constitue principalement de bandits au look similaire, de sortes de monstres aux allures de paresseux croisés avec des ours, sans compter les autres monstres ressemblant vaguement à des tapirs. Un constat qui contraste avec les environnements urbains qui ont fait l’objet d’un travail soigné. Il est plaisant de parcourir les rues de New Sérène ou encore Hikmet tandis que la grand-place de San Matheus devient un véritable lieu enchanté dès la tombée du jour.

Le système de crafting est vraiment cool

À noter aussi que la conception des niveaux ainsi que celle des quêtes, et notamment des quêtes principales, se révèlent être assez paresseuses, se limitant souvent à passer soit par la porte d’entrée ou bien passer par l’énorme trou dans le mur. Mention spéciale à certaines quêtes dont une qui nous a particulièrement marqués : vous devez analyser un cadavre pour déterminer la cause du décès de cette personne et prouver que le médecin légiste est un menteur. Pas de panique, il vous suffit de récupérer le livre nonchalamment posé sur la table littéralement à côté du macchabé pour terminer la quête. Quête qui n’aura duré qu’une poignée de minutes ; allers-retours et dialogues inclus…autant mettre une cinématique à la place.

À voir aussi : Preview E3 - Greed Fall

Un gameplay à revoir

Si certains points évoqués plus haut peuvent être relativisés, il est néanmoins plus difficile de pardonner Spiders lorsque l’on s’attaque au sujet du gameplay. Les combats de GreedFall sont en effet d’une incroyable mollesse et frustrent par leur imprécision. Le système de verrouillage des cibles apparaît buggé lorsqu’il se fixe sur un ennemi situé à l’autre bout de la zone de combat alors que d’autres sont au corps-à-corps. Même histoire quand la caméra change d’axe, le lock prend la fâcheuse tendance à disparaître purement et simplement. La palette de mouvements est, elle aussi, franchement limitée et se constitue uniquement d’un coup avec votre arme ou bien d’un coup de pied pour déséquilibrer l’adversaire. Le système de blocage est beaucoup trop permissif et permet au joueur de temporiser à volonté les duels. Même chose pour les ennemis qui partagent peu ou prou les mêmes mouvements que vous. Un constat que l’on peut étendre aux boss dont la dangerosité est toute relative. Le combat contre le Gardien de la Forêt est le parfait exemple d’un combat de boss complètement raté. Le monstre est amorphe, son nombre d’attaques limité, sa barre de vie excessivement longue… Bref, inutile de vous dire que l’on ne s’est franchement pas amusé.

La pause active...ce fléau

Quelques incohérences notables viennent encore perturber l’expérience. Utiliser la compétence spéciale de son personnage passe obligatoirement par la croix directionnelle. Passable lorsqu’il s’agit de sorts, franchement capillo-tracté lorsqu’il s’agit de tirer au pistolet. On aurait pourtant apprécié pouvoir tirer à l’aide de RT ; une mécanique pourtant en place depuis 20 ans. Tant pis, on repassera la prochaine fois.

La présence d’une pause active façon Dragon Age ou Pillars of Eternity : Complete Edition nous a, pour ainsi dire, sciés. Les joueurs n’en veulent plus depuis des années mais Spiders en a quand même mis une. D’autant que son utilité reste à prouver tant les combats relèvent plus du bourrinage que de la stratégie. Cette pause est pourtant nécessaire pour mettre des items ou des compétences en favoris afin de les utiliser via la fameuse croix directionnelle. Pourquoi ne pas permettre au joueur de le faire depuis le menu ? Mystère et boule de gomme…

Véritable tannée dans The Technomancer, l’infiltration fait encore des siennes dans GreedFall. Pas de changement de ce côté-ci : difficile de prédire comment les gardes vont réagir. Un coup, ils ne vous voient pas alors que vous êtes sous leur nez. Puis, parfois, sans que l’on ne sache trop comment, ils ne manqueront pas de vous repérer à l’autre bout de la rue. Si cette couche de gameplay se prête bien à un Deus Ex, on ne voit pas très bien ce qu’elle vient faire dans un action-RPG tel que GreedFall.

Toutefois, il faut bien rendre à César ce qui est à César. Le système de crafting, par exemple, est vraiment très bien conçu et change véritablement la donne une fois en combat. Il devient plaisant de personnaliser son équipement tout en l’améliorant. Le studio parisien a su joindre l’utile à l’agréable et cela mérite d’être souligné.

À voir aussi : Greedfall : nouvelle bande-annonce à quelques jours de son lancement

Un bilan technique et artistique mitigé

Disons-le, GreedFall est un beau jeu, notamment sur One X où l’optimisation reste exemplaire dans les grandes lignes. Dans les grandes lignes seulement car, si les environnements ont bénéficié à l’évidence d’un traitement tout particulier (les éclairages sont à tomber par terre), les visages, eux, restent malheureusement profondément ancrés en 2003. Pour avoir refait Half-Life 2 récemment, nous pouvons vous l’assurer.

Les animations sont, elles aussi, perfectibles. Elles sont en effet trop raides et démontrent un certain manque de finition. Rien de grave néanmoins ; votre serviteur vient de recommencer une énième fois Bloodborne, un jeu connu pour ses animations bien raides là aussi. Cela n’en fait pas un mauvais jeu pour autant.

L’interface reste la même que celle de The Technomancer avec une navigation à l’aides des boutons de tranche et des gâchettes. Elle n’est pas des plus pratiques mais remplit tout de même sa fonction. Nous espérons néanmoins que Spiders l’améliorera pour ses futures productions. Cependant, la taille de police est un vrai problème pour tout joueur console. L’écriture est minuscule et fatigue nos petits yeux déjà fort usés par tant d’années de gaming. Plus sérieusement, il serait appréciable si nous pouvions au moins augmenter la taille de police histoire de rendre le voyage un peu plus confortable. Aussi, il n’est toujours pas possible de modifier la répartition des contrôles depuis le menu du jeu. Il n’est pas permis de personnaliser son interface non plus. Des critères qui paraissent pourtant évidents pour tout joueur de RPG en 2019. En l’état, il est donc compliqué pour nous de recommander GreedFall à quiconque est en situation de handicap.

Les villes sont particulièrement soignées

Le frame rate sur One X reste stable de bout en bout à l’exception de certains combats. Nous pensons notamment aux combats se déroulant en pleine forêt avec plusieurs ennemis affichés à l’écran, la machine peine plutôt sévèrement dans ce cas de figure. Même constat lors de l’arrivée dans le hub inter-zone. Censé rendre les temps de chargement plus supportables pour le joueur, il se révèle être plus frustrant qu’un écran de chargement “classique”. En effet, étant donné que la console est en train de charger la zone suivante, elle ne peut apparemment pas allouer assez de ressources pour gérer correctement les animations, les dialogues et les différentes interactions possibles au sein de ce hub. Attendez-vous à des chutes de frame rate importantes ainsi qu’à des décalages conséquents entre le moment où vous activerez un dialogue et le moment où le PNJ se mettra à parler. Heureusement, les temps de chargement étant presque anecdotiques sur One X, vous n’en souffrirez pas vraiment. Mais, les possesseurs de Xbox One et One S devraient, eux, râler un peu plus.

Lorsque nous avons téléchargé la version test de GreedFall, nous avons été quelque peu surpris par la taille famélique du fichier pour un jeu de ce type. En effet, le jeu ne pèse qu’un peu moins de 12 Go en incluant la mise à jour pour One X. Il faut dire que Spiders a préféré rogner sur énormément de choses. Par exemple, aucune interaction avec les décors n’est possible (à l’exception des caisses et tonneaux que vous pouvez éclater). Votre personnage passe au travers de l’herbe, des arbustes, etc… Comme si, De Sardet se déplaçait dans une sorte de dimension spectrale. Encore une fois, c’est un peu dommage après être passé sur des mondes ouverts bien plus crédibles que celui-ci.

Artistiquement, GreedFall tire vraiment son épingle du jeu. Le titre nous fait aller de lieux en lieux tous plus beaux les uns que les autres. Le travail sur la mise en scène mérite, lui aussi, d’être salué. Les différentes ambiances et atmosphères sont incroyablement rendues et font immédiatement voyager. Petite déception néanmoins concernant les intérieurs qui finalement se ressemblent un peu tous.

Si le travail artistique de Spiders sur ce titre fait presque un sans faute, la musique, elle, ferait presque penser à la tâche de sauce tomate sur une chemise neuve. La majorité des pistes composées par Olivier Derivière relèvent de l’amateurisme tant elles sont simplistes et accompagnent mal ce qu’il se passe à l’écran. Le thème des combats, insupportable au possible, nous reste particulièrement en tête. Le pire, c’est qu’elle conserve tout de même quelques fulgurances qui sont cependant gâchées par le reste. Nous sommes bien loin d’un Vampyr. Un jeu à la bande originale qui ne nous avait pas laissés de marbre.

À voir aussi : GreedFall : une nouvelle bande-annonce pour la Gamescom

Bilan

On a aimé :

  • Les dialogues globalement bien écrits
  • Le système de crafting
  • L’univers et les personnages abordés
  • Graphiquement très plaisant
  • Les chargements anecdotiques

On n’a pas aimé :

  • Les combats mous et imprécis
  • L’écriture encore trop naïve
  • La musique franchement médiocre
  • Tír Fradí n’est qu’une carte postale
  • Inaccessible pour les personnes handicapées
Il ne fallait pas prendre le bateau

GreedFall est un peu comme Final Fantasy XV. Il nous aura autant inquiété que fait espérer avant de finalement confirmer nos inquiétudes une fois la manette en main. Brillant dans ses premières heures, le titre de Spiders s’essouffle bien vite une fois débarqué sur Tír Fradí, pourtant censée être sa plus grande force. Malheureusement, l’île magique n’est qu’un catalyseur pour tous les petits défauts laissés çà et là par les équipes du studio parisien. Anachronique en tout point, GreedFall ne marquera ni l’histoire du jeu vidéo ni les joueurs qui auront la patience d’y passer ne serait-ce qu’un peu de leur temps. Il n’est qu’un jeu Spiders, pour le meilleur et pour le pire. À ne pas mettre entre toutes les mains, donc. Seuls les fans du studio y verront un énième RPG incompris par la critique. Les autres préfèreront garder leurs précieux deniers pour jouer ou rejouer à d’autres titres ayant un tant soi peu plus de consistance.

Accueil > Tests

GreedFall

GreedFall
PEGI 0

Genre : Action RPG

Éditeur : Focus Home Interactive

Développeur : Spiders

Date de sortie : 10/09/2019

Prévu sur :

Xbox One, Playstation 4, PC Windows

5 reactions

avatar

Gordon Freeman

10 sep 2019 @ 11:08

Je vais passer mon chemin je crois... Dommage, ça aurait pu être une bonne surprise.

Dudediklenbias

10 sep 2019 @ 12:34

Et ben moi j’aime bien ! Certes il ne révolutionne rien mais j’aime cette façon de me faire vivre une histoire. Je comprend vos points de vue mais chez moi c’est une recette qui fonctionne.

Content d’avoir pris le bateau dès le jour J !

laura6000

12 sep 2019 @ 00:37

laura6000

12 sep 2019 @ 00:38

laura6000

12 sep 2019 @ 00:40