Accord Microsoft/Sony, les dits, les non-dits, les possibilités

«Vers le streaming et au-delà !» le 20 mai @ 18:512019-05-21T21:43:22+02:00" - 3 réaction(s)

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L’accord entre Microsoft et Sony, concernant, entre autres domaines, l’utilisation du cloud Azure de Microsoft pour les services PSN, est sur toutes les lèvres. Cela augurerait-il un éventuel accord entre les deux concurrents PlayStation et Xbox, après celui entre Microsoft et Nintendo ? Dans quelle mesure pourrait-il exister ? Ou serait-ce simplement un accord comme entre concurrents qui ne concerne pas les produits et/ou services qui sont en concurrence directe, comme c’est le cas avec Apple, qui achète, pour leurs iPhone et iPad, des composants à Samsung, LG et autres ?

À première vue, tout laisserait à croire que l’accord serait uniquement avec Microsoft pour le service Azure, et des partenariats dans le domaine de la recherche sur l’IA. C’est logique, Azure étant l’une des meilleures infrastructures cloud au monde, et le travail des équipes de cette division de Microsoft dans l’assistance à la personnalisation du service pour leurs clients étant largement reconnu ; les nombreux contrats signés avec de grands groupes mondiaux ces deux dernières années, et les témoignages de ces mêmes clients sur les efforts de Microsoft pour que le service fourni soit totalement adapté à leurs besoins le prouvent clairement. Et, comme Samsung ou LG le démontrent, être en concurrence sur certains secteurs ne signifie pas que l’on doive fermer toutes les portes à ses concurrents.

Les dits :

Satya Nadella Sony a toujours été un leader à la fois dans le divertissement et la technologie, et la collaboration que nous avons annoncée aujourd’hui s’appuie sur cette histoire d’innovation. Notre partenariat amènera la puissance d’Azure et Azure AI à Sony pour apporter aux consommateurs de nouvelles expériences de jeu vidéo et divertissement. Kenichiro Yoshida Depuis des années, Microsoft a été un partenaire clé pour nous, même si les deux entreprises ont également été en concurrence dans certains domaines. Je crois que notre développement conjoint de solutions futures de Cloud contribuera grandement aux avancées sur les contenus interactifs. De plus, j’espère que les domaines des semi-conducteurs et de l’IA, en influençant les technologies de pointe de chacun de façon mutuelle et complémentaire, conduiront à la création d’une valeur ajoutée à la société.

Les non-dits :

Personne n’a évidemment parlé en détail de la concurrence future. S’agissant d’une annonce, l’ambiance est festive, et ce n’est aucunement le moment de parler des challenges qui s’annoncent, mais ces derniers sont réels pour les deux sociétés sur le marché qu’elles se partagent avec Nintendo.

La menace la plus évidente est bien évidemment Google, qui a présenté Stadia lors de la GDC 2019 en mars dernier. Sur le papier, Stadia a tout pour plaire : Google dispose d’un parc de serveurs gigantesque réparti dans le monde entier, ce qui permettrait, sur le papier, de fournir un service performant assez rapidement, si les questions de latence peuvent être résolues. Et l’omniprésence de Google dans notre quotidien assurera à Stadia une visibilité quasi-immédiate une fois le service lancé. Le fait de pouvoir commencer à jouer à un jeu lorsqu’on regarde la bande-annonce sur YouTube est un argument gigantesque, dont peu se rendent encore compte : cela leur permettra de capturer immédiatement les consommateurs compulsifs. Reste la question du prix, et de la formule : abonnement mensuel, consommation à la volée, facturée à l’heure ? C’est la principale inconnue de ce service. Mais une chose qui ne l’est pas, et qui est un grand inconvénient pour les studios de développement, est que ceux-ci sont responsables d’adapter leurs jeux à la plateforme. Xcloud n’a pas ce problème, puisque les jeux tourneront directement sur du hardware Xbox, et la seule adaptation nécessaire concerne les commandes pour écrans tactiles.

Apple, de son côté, a annoncé pour cet automne Apple Arcade, qui est un équivalent du Xbox Game Pass pour tous leurs appareils. PUBG et Fortnite l’ont bien démontré, le marché du jeu mobile ne se limite plus à de petits jeux mobiles, et la qualité des jeux que l’on retrouve sur appareils mobiles se rapproche petit à petit de ce que l’on trouve sur nos consoles. Par contre, les jeux seront à télécharger, et non par streaming (du moins pour l’instant).

Reste un troisième géant, Amazon, dont les plans ne sont pas encore connus. Amazon Game Studios développe actuellement plusieurs jeux, dont un MMO, mais en dehors de ça, c’est une inconnue. Néanmoins, comme Google et Microsoft, Amazon dispose d’une infrastructure cloud gigantesque, et propose déjà tous les types de contenu en streaming en dehors des jeux, et il serait logique qu’ils préparent un tel service qui, groupé à Amazon Prime comme leurs autres services, leur permettrait d’avoir un grand nombre d’utilisateurs très rapidement.

Tout le monde s’accorde à dire que le streaming est le futur du jeu vidéo, une fois la question de la latence résolue. Sony le fait déjà. Microsoft et Google se préparent à lancer leurs services, et Amazon et Apple, très probablement aussi.

Qu’est-ce qui reste comme non-dit lors de l’annonce ? Qu’est-ce qui pourrait être sous-entendu par ce tweet de Phil Spencer ?

« Excité par les opportunités qui s’annoncent, conjointement avec Sony, pour que nous poursuivions nos ambitions mutuelles de ravir les joueurs du monde entier »

Les possibilités :

Là, nous entrons dans le domaine de la spéculation. On peut se dire que la possibilité de jouer à Last of Us 2 sur nos Xbox, ou à Gears of War 5 sur PS4, tient du rêve, mais est-ce que, dans ce nouveau paradigme en termes de concurrence, ce serait aussi « capillotracté » que ça ?

À moyen/long terme, les consoles finiront par disparaître, de la même manière que les lecteurs cassette, CD, VHS, DVD et Blu-ray avant eux. Le meilleur moyen, pour Xbox et PlayStation, de survivre dans ce nouveau monde du jeu vidéo, passera par fournir le service qui permettra de jouer à nos jeux vidéo favoris partout, sur tous nos appareils. De s’adapter en permanence, de manière à ne pas tomber en désuétude en raison de nouveaux concurrents plus à même de fournir le service souhaité par les joueurs.

Xbox l’a bien compris, et le succès du Game Pass démontre l’intérêt des joueurs pour un service qui permet de jouer autant qu’on veut pour un montant mensuel fixe. Sony a également fini par comprendre, et cherche maintenant à ne pas rater le coche. L’accord de Xbox avec Nintendo, et l’ouverture du Xbox Live à d’autres plateformes est aussi un grand pas en avant dans l’expansion de son offre sur tous les appareils.

Mais concrètement, quel serait le scénario qui, stratégiquement et pour les trois fabricants de consoles, aurait le plus de sens, dans ce marché en pleine évolution ?

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Concernant Xbox, une rumeur persistante parle de l’arrivée du Game Pass sur Nintendo Switch via Xcloud. Mais quid d’une arrivée réciproque du Game Pass sur PS4 (et PS5), et de PlayStation Direct sur Xbox One (et Scarlett) ? Serait-ce si tiré par les cheveux que ça, surtout si l’on couple cela au cross-play pour tous les multiplateformes entre les deux réseaux PSN et Xbox Live ? L’infrastructure réseau partagée, basée sur Azure, faciliterait énormément la donne, et rendrait le choix de la console beaucoup moins important : la principale raison pour choisir Xbox ou PlayStation serait ainsi basée, compte tenu de la rétrocompatibilité attendue sur les deux consoles, sur la librairie de jeux possédée par le joueur.

Mais dans ce cas, quel serait l’intérêt, pour Xbox et PlayStation, de développer et vendre des consoles ? Et pourquoi ne pas chercher à tuer la concurrence de manière traditionnelle ?

L’intérêt est, pour Xbox et PlayStation, de ne pas devenir obsolète dans un marché où la concurrence va devenir féroce, comme abordé plus haut. Travaillant ensemble, les deux marques peuvent ainsi proposer un catalogue de jeux bien plus étendu que Stadia, Amazon ou Apple, et, changeant leur modèle commercial vers l’abonnement, pourront être plus à même de s’assurer une grosse part du gâteau que sera le marché du jeu vidéo dans les années à venir. Et si, pour garantir leur présence sur le marché futur, Microsoft et Sony sont forcés à travailler ensemble, est-ce si absurde ?

L’avantage stratégique, pour les deux concurrents et à terme, serait double : cela permettrait aux deux sociétés d’avoir l’opportunité de fournir un service payant sur la plateforme concurrente, touchant ainsi des clients qu’ils n’auraient pas forcément réussi à obtenir autrement (chacune des plateformes logicielles conservant leur identité et leurs forces propres), mais également, dans la perspective future de la disparition des consoles dédiées, de réaliser de conséquentes économies en matière de recherche et développement de hardware, puis dans la commercialisation de consoles généralement vendues quasiment à perte en début de génération. Mais avant que cela puisse arriver, il faut d’abord donner la possibilité aux joueurs de s’habituer à cette nouvelle réalité.

Cette possibilité semble d’autant plus plausible de par l’immense investissement de Microsoft dans l’acquisition de studios ces dernières années, afin de mieux rivaliser avec Sony, et qui n’est probablement pas terminé ; l’objectif final étant de rendre les IP Xbox Game Studios suffisamment attrayantes pour attirer chaque fois plus de joueurs.

Et il faut bien comprendre que, tant pour Sony que pour Microsoft, la grande majorité des revenus liés au jeu vidéo provient déjà des services (pourcentages sur les ventes de jeux, DLC et loot-box ; abonnements).

Ici, la problématique viendrait, à notre sens, plus de Sony que de Microsoft, pour qui Xbox semble petit à petit amené à devenir plus spécifiquement un service pour toutes les plateformes. Est-ce que les dirigeants de Sony voient ou pourront voir les choses de cette manière, seul le temps nous le dira.

En attendant d’en savoir peut-être un peu plus lors de l’E3…

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LoveTartiflette

20 mai 2019 @ 19:28

Synthèse claire et précise de ce pataquès.

MichFantastic

20 mai 2019 @ 20:31

article au top !

Manuto

20 mai 2019 @ 22:44

Super article. Moi je vois bien les services atterrir sur les plate-formes concurrentes, mais forcément, avec un tarif supérieur pour s’offrir le xCloud sur du Sony, et inversement. La guerre des consoles disparaîtra, et laissera place à la guerre des services. Et cela sera une rude bataille avec énormément de concurrents (ms, Sony, EA, Google, Amazon etc...)